Publicat în Colloque international, Francophonie, Tradition et innovation en classe de FLE, UNESCO, Villes créatives et langue française

Le Colloque international d’Ouarzazate ou l’art de traverser un rêve éveillé

Le Maroc habitait déjà mon imaginaire bien avant ce voyage. Il existait en moi comme une terre intérieure faite de lumière, de récits anciens, de voix mêlées, de désert, de cinéma et de poésie. Pendant des années, je l’avais traversé par les livres, les rencontres francophones en ligne, les conversations avec mes amis marocains, les images entrevues dans les films ou les documentaires. Mais rien ne prépare vraiment à ce moment suspendu où un pays imaginé devient soudain réel.

Peu à peu, la lumière changeait de texture. À travers le hublot, la terre apparaissait par fragments, comme des plans successifs surgissant d’un film silencieux. Les reliefs bruns, les lignes minérales, les nuances de sable et de cuivre semblaient émerger d’une mémoire très ancienne. Plus l’avion approchait du sol, plus une étrange émotion montait en moi — un mélange d’émerveillement, de gratitude, d’impatience et d’une douce incrédulité. J’avais l’impression de regarder un paysage que je connaissais déjà sans l’avoir jamais vu. Comme si quelque chose, profondément enfoui, reconnaissait cette lumière.

À l’aéroport de Marrakech, tout allait très vite, et pourtant chaque détail reste gravé avec une précision étonnante. Les premières voix entendues, l’air plus chaud, les couleurs, les silhouettes, les gestes… Et puis, cette image immense, projetée sur un panneau lumineux, s’est imprimée en moi avec une force inattendue : Maroc — le Royaume de la Lumière. Je crois que tout le voyage était déjà contenu dans ces mots. Une promesse. Une esthétique. Une manière d’habiter le monde. À cet instant précis, j’ai compris que je n’entrais pas seulement dans un pays, mais dans une expérience du regard.

Vint ensuite cet accueil, simple et profondément chaleureux.

À la sortie de l’aéroport, l’accueil chaleureux d’Adil Elmadhi, vice-président de la FIPF et président de la Ligue Marocaine des Professeurs de Français, ainsi que celui de sa famille, a immédiatement donné au voyage une profondeur humaine inattendue. Très vite, les échanges sont devenus fluides, spontanés, comme si la distance entre le Maroc et la Roumanie s’était soudain réduite à quelques sourires, quelques mots partagés et une même sensibilité francophone. Ce déplacement prenait alors une dimension beaucoup plus humaine et authentique. Il ne s’agissait plus uniquement d’un voyage lié à un colloque international, mais d’une véritable rencontre humaine, faite d’attention, de bienveillance et de simplicité.

Ce qui m’a touchée surtout, c’est cette impression rare d’être accueillie sans les masques formels que nous portons souvent dans les contextes professionnels ou institutionnels. Très vite, les titres, les fonctions et les protocoles se sont effacés derrière quelque chose de beaucoup plus authentique : le plaisir d’être ensemble, de parler librement, de partager un repas, une route, des histoires de vie, des éclats de rire et des silences naturels.

Cette proximité m’a permis de sentir, de l’intérieur, la texture des relations au sein d’une famille marocaine : l’attention portée aux autres, la place accordée aux enfants, les gestes spontanés de générosité, les regards complices, la manière de partager le temps et l’espace sans précipitation. À travers ces moments simples du quotidien, je découvrais un Maroc beaucoup plus véridique, profondément humain et relationnel, loin des images touristiques ou des représentations construites à distance. Leur présence a donné au séjour une lumière particulière, celle des liens sincères qui se créent naturellement entre les personnes, les familles, les cultures et les pays.

La médina respirait comme un organisme vivant, traversé de voix, de lumières, de parfums et de mouvements incessants. Avec Adil Elmadhi et sa famille, je découvrais la place Jamaa el-Fna comme un théâtre à ciel ouvert où chaque pas révélait une nouvelle scène. Les étals illuminés semblaient flotter dans la nuit chaude, les vendeurs de jus d’orange alignaient leurs pyramides de fruits comme des compositions picturales, tandis que les fumées d’épices et de grillades dessinaient dans l’air des volutes presque irréelles.

Autour de la table partagée, entre le pain marocain encore chaud, les olives, les sauces épicées, les pommes de terre dorées et les plats de viande parfumée, quelque chose d’essentiel se tissait silencieusement : une forme de proximité simple, sincère, profondément humaine. Les regards circulaient avec naturel, les conversations passaient du français à l’arabe, de l’humour aux souvenirs, des projets éducatifs aux gestes du quotidien. À certains moments, je cessais presque de parler pour simplement regarder cette vie autour de moi — les familles réunies, les silhouettes traversant la place, les lumières mouvantes, les musiciens au loin, les couleurs des étoffes et des fruits sous les néons.

Marrakech devenait alors bien plus qu’une ville. Une pulsation. Une mémoire vivante. Une expérience sensorielle totale.

La route vers Ouarzazate ouvrait alors ses horizons comme une longue fresque mouvante. Les montagnes de l’Atlas défilaient dans une lumière irréelle, entre ombre et éclat, entre roche nue et touches végétales inattendues. Par moments, le paysage semblait presque silencieux, immense, minéral ; puis surgissaient soudain des villages accrochés aux reliefs, des palmiers, des maisons de terre ocre, des fleurs jaunes au bord de la route, comme des éclats de vie déposés au milieu de l’immensité. Tout semblait traversé par cette sensation étrange de passer entre plusieurs mondes : le réel, l’imaginaire, la mémoire, le cinéma.

À Ouarzazate, chaque paysage semblait déjà cadré. Chaque lumière créait une scène. Chaque déplacement devenait un mouvement de caméra. Il y avait des premiers plans — un visage, une main, une tasse de café, une porte entrouverte. Des arrière-plans — les montagnes, le désert, les palmeraies, les murs de terre rouge. Des ralentis intérieurs aussi : ces instants où le regard cesse simplement de consommer des images pour entrer réellement dans leur profondeur.

Le vent léger dans les palmiers, les couleurs du ciel au-dessus de l’oued, les structures métalliques dressées face au paysage comme des portails symboliques entre deux mondes, tout semblait participer à une même scénographie silencieuse. Même le silence possédait ici une densité particulière, comme s’il contenait à lui seul une multitude de pensées.

À l’issue de cette traversée entre Marrakech et Ouarzazate, dans cette lumière de fin de journée où le désert semblait lentement absorber les dernières couleurs du ciel, un autre moment est venu donner au voyage une profondeur humaine particulière. La veille de l’ouverture du colloque international, j’ai été invitée à dîner dans une famille marocaine traditionnelle où trois générations vivaient ensemble sous le même toit — les grands-parents, les parents et les enfants.

Les paysages immenses de l’Atlas, le silence des routes et les horizons minéraux traversés pendant des heures résonnaient encore en moi lorsque je suis entrée dans cette maison. Le regard passait soudain du vaste paysage à l’intimité du quotidien, comme un changement de focale dans un film.

Dès l’entrée, j’ai ressenti cette chaleur discrète qui ne se met pas en scène, mais qui se perçoit immédiatement dans les regards, les gestes et la manière d’ouvrir naturellement l’espace à l’autre. Les voix circulaient d’une pièce à l’autre avec fluidité, les enfants passaient librement entre les adultes, les grands-parents observaient la scène avec cette présence calme qui donne au temps familial une densité particulière.

Cette harmonie silencieuse me touchait profondément. À une époque marquée par la vitesse, les distances et les vies fragmentées, voir trois générations partager le même espace, le même repas, les mêmes conversations et la même soirée avait quelque chose de profondément apaisant.

La préparation du dîner elle-même ressemblait à un rituel de partage. Les plats arrivaient progressivement sur la table dans une atmosphère simple et chaleureuse. Chacun participait naturellement : un sourire, un geste, une attention discrète, une invitation à goûter, à reprendre, à partager encore. Rien ne semblait démonstratif. Tout paraissait couler avec évidence, comme une manière profondément enracinée d’habiter ensemble le quotidien.

Ce qui m’a le plus touchée, c’est la façon dont ils m’ont intégrée immédiatement dans cette intimité familiale, sans distance ni formalité excessive, comme si ma présence allait simplement de soi. Peu à peu, les titres, les fonctions et même l’idée d’être « invitée étrangère » disparaissaient. Il ne restait plus qu’une sensation très simple : celle d’être accueillie avec sincérité autour d’une table familiale, dans un moment réel de vie partagée.

Je porte aujourd’hui une reconnaissance sincère à Zahira et Mohamed Boukhch, à Ouarzazate, pour la chaleur de leur accueil, leur générosité discrète et cette manière profondément humaine de prendre soin des autres avec simplicité et naturel. À travers leur présence attentive, leurs gestes délicats et le temps partagé ensemble, le voyage a gagné une profondeur affective que je n’oublierai pas. Même le trajet du retour vers l’aéroport de Marrakech semblait prolonger cette continuité de bienveillance et de confiance, comme si les kilomètres traversés entre Ouarzazate et Marrakech effaçaient symboliquement les distances géographiques et temporelles qui séparent l’Europe et l’Afrique.

Et peut-être est-ce aussi cela que certains voyages offrent silencieusement : la possibilité d’entrer, le temps d’une soirée, dans le rythme intérieur d’une autre culture, non pas comme observateur extérieur, mais comme présence acceptée au cœur même du quotidien.

Un autre moment est venu prolonger cette impression de traverser sans cesse des mondes superposés : la visite des Atlas Studios d’Ouarzazate. En entrant dans ces décors de cinéma ouverts sur le désert, je ne savais plus exactement où s’arrêtait le réel et où commençait la fiction. Les temples égyptiens reconstitués, les hiéroglyphes, les portes monumentales, les statues, les perspectives théâtrales et les immenses plateaux baignés de lumière donnaient l’impression de voyager simultanément à travers les civilisations, les époques et les imaginaires du monde. Tout semblait conçu pour raconter des histoires plus grandes que le temps lui-même.

Je marchais dans ces décors avec une curiosité presque enfantine, fascinée par cette rencontre entre l’art, le cinéma, le patrimoine et l’illusion visuelle. À certains instants, je me surprenais à sourire simplement devant la magie du lieu — devant une caméra géante installée dans la cour des studios, devant ces cadres symboliques ouverts sur le ciel d’Ouarzazate, devant cette capacité du cinéma à transformer un espace désertique en territoire universel de création.

Cette visite a pris aussi une dimension profondément humaine grâce à la présence de Naima Seghrouchni, vice-présidente de la LIMPF et présidente du colloque international d’Ouarzazate, et de Zineb Elmadhi, l’épouse d’Adil Elmadhi, avec lesquelles j’ai partagé ces moments de découverte, d’émerveillement et de dialogue. Entre les décors monumentaux, les photographies improvisées et les échanges spontanés au milieu des plateaux de tournage, quelque chose de très naturel se construisait : une mémoire commune faite d’amitié et de francophonie vécue au quotidien.

Mais au-delà du spectacle, quelque chose de plus profond me touchait : cette manière qu’a Ouarzazate de faire dialoguer la mémoire, les cultures et les récits. Ici, les paysages deviennent décors, les décors deviennent mémoire collective, et le cinéma lui-même semble prolonger les grandes histoires humaines qui traversent les siècles. Peut-être est-ce aussi pour cela que cette ville possède une atmosphère si particulière : elle donne constamment l’impression que le réel et l’imaginaire continuent de se regarder l’un l’autre.

La visite du Musée du Cinéma d’Ouarzazate a pris une dimension encore plus particulière parce qu’elle a été vécue dans une atmosphère d’amitié, de dialogue interculturel et de curiosité partagée. J’ai eu la joie de découvrir cet univers fascinant aux côtés de mes amis marocains, les professeurs universitaires Driss Louiz et Cherqui Ameur, ainsi qu’en compagnie d’Elena Konovalova, professeure venue de Russie.

Au fil des salles, des décors monumentaux et des espaces de tournage, les échanges circulaient naturellement entre nous, mêlant regards personnels, références culturelles, souvenirs de films, réflexions sur l’art, la littérature et la transmission. Cette visite devenait alors bien plus qu’une simple découverte touristique : une véritable expérience humaine et intellectuelle, portée par la rencontre entre plusieurs sensibilités, langues et imaginaires.

Dans ces décors où tant de civilisations semblent se croiser — Égypte antique, Orient, mondes mythiques ou historiques — la présence d’amis venus du Maroc, de Roumanie et de Russie donnait presque au lieu une valeur symbolique. Comme si le cinéma, lui aussi, devenait un espace de médiation entre les cultures, capable de rapprocher les personnes bien au-delà des frontières géographiques.

Un sentiment particulier de gratitude accompagne aussi le souvenir de cette visite grâce à la présence de Monsieur Cherqui Ameur, expert dans l’art cinématographique, qui nous a guidés avec passion et générosité à travers cet univers fascinant. Ses explications, ses références culturelles et son regard sensible sur les décors, les symboles et les coulisses du cinéma ont donné une profondeur supplémentaire à cette découverte.

À travers ses paroles, les lieux prenaient vie autrement. Derrière chaque scène, chaque objet, chaque espace de tournage apparaissaient non seulement des techniques de cinéma, mais aussi une véritable réflexion sur l’image, la mémoire, l’esthétique et le pouvoir des récits. Grâce à lui, cette visite est devenue une expérience beaucoup plus riche, vivante et inspirante.

Au milieu de cette traversée multidimensionnelle et sensorielle, il y eut également le colloque.

Participer au Colloque international « Villes créatives et langue française : art, littérature et formation » au Palais des Congrès d’Ouarzazate a donné au voyage une profondeur supplémentaire. Je n’étais plus seulement voyageuse : je devenais à mon tour passeuse d’idées, médiatrice entre expériences, cultures, pédagogies et imaginaires francophones.

Mon atelier, consacré à la transformation de la classe de FLE en micro-hub créatif, s’est inscrit naturellement dans cette énergie du lieu. Les échanges avec les participants, les réflexions autour de la créativité, de l’intelligence collective, de la médiation culturelle et des mutations éducatives contemporaines résonnaient autrement ici, dans cette ville où l’art, le cinéma, le patrimoine et les récits se croisent en permanence. Pendant l’atelier, les visages, les réactions et les silences attentifs changeaient comme des variations de lumière dans une scène de film. Quelque chose circulait au-delà des mots : une envie commune de réinventer l’éducation, de créer des espaces plus humains, plus ouverts, plus sensibles au monde.

Mon atelier a également proposé une réflexion inspirée de l’approche gestaltiste de l’« ici et maintenant », intégrée au modèle VISA – Voir, Imaginer, Sentir, Agir, afin d’aider les participants à observer plus consciemment la manière dont ils perçoivent les informations, les émotions, les relations et leur propre positionnement dans le moment présent. En partant de la dynamique du groupe, des échanges vécus pendant l’atelier et des réflexions personnelles des participants, cet espace d’exploration a permis de construire une analyse critique et réflexive ancrée dans l’expérience immédiate, dans une relation authentique à soi, aux autres et au contexte interculturel partagé.

Nous avons également interagi et échangé de nombreuses idées autour de la manière de construire des passerelles entre tradition et innovation au service de l’excellence en éducation. Cette réflexion prenait un sens encore plus fort dans le contexte même du colloque, dont les travaux se déroulaient au Centre d’Épanouissement Ibn Khaldoun de l’Alliance Française d’Ouarzazate. Ce lieu symbolique incarnait parfaitement cette rencontre entre enracinement culturel, ouverture internationale, créativité pédagogique et innovation éducative, dans un contexte médiateur où la francophonie devenait à la fois langue de transmission, de dialogue et de co-construction des savoirs.

Le Maroc me révélait alors une autre forme de pédagogie : une pédagogie du regard, de la présence, de l’écoute et du lien.

Et aujourd’hui encore, lorsque je repense à ce premier voyage au Maroc, ce ne sont pas seulement des images qui reviennent. C’est un véritable tourbillon de sensations et d’émotions, une avalanche de pensées, de regards, de voix et de fragments lumineux. Comme si ce voyage avait laissé en moi non pas un souvenir figé, mais un film intérieur en mouvement permanent.

Peut-être est-ce cela, finalement, traverser un rêve éveillé : accepter qu’un lieu transforme doucement notre manière de regarder le monde — et peut-être aussi notre manière de nous regarder nous-mêmes.

La visite des deux kasbahs — la Kasbah de Taourirt à Ouarzazate et le ksar Aït Ben Haddou, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO — a profondément prolongé cette impression singulière de traverser des espaces suspendus entre histoire, mémoire, architecture et cinéma. À chaque passage, j’avais le sentiment d’entrer dans un décor à la fois réel et symbolique, où les murs de terre ocre semblaient encore porter les traces silencieuses des civilisations, des récits de voyage et des regards qui les avaient traversés au fil des siècles.

La Kasbah de Taourirt donnait l’impression d’un monde construit autant pour protéger la vie que pour préserver la mémoire. Ses passages étroits, ses escaliers façonnés dans la terre, ses cours intérieures baignées de silence, ses plafonds de bois et ses ouvertures découpant le ciel comme des cadres cinématographiques créaient une esthétique presque méditative. À certains moments, je ne savais plus si j’explorais un lieu historique ou si je circulais à l’intérieur d’un récit visuel. Depuis les hauteurs de la kasbah, les paysages se déployaient comme un immense travelling cinématographique : les montagnes de l’Atlas au loin, les palmeraies, les nuances rougeâtres du désert, les silhouettes humaines avançant lentement dans les ruelles. Tout invitait à ralentir le regard et à laisser les lieux parler autrement.

Le ksar Aït Ben Haddou prolongeait cette même sensation d’immersion dans une mémoire vivante. En traversant ce ksar mythique classé par l’UNESCO, j’avais l’impression de pénétrer dans un espace où les siècles, les cultures et les imaginaires continuaient de dialoguer silencieusement. Chaque mur semblait conserver la mémoire des anciennes caravanes reliant l’Afrique subsaharienne, le désert et les routes méditerranéennes. Mais ce lieu appartient aussi profondément à l’univers du cinéma mondial. Les perspectives ouvertes sur l’infini, la lumière du désert, les architectures en pisé et les paysages presque irréels expliquent pourquoi tant de réalisateurs y ont trouvé un territoire de création capable de traverser toutes les époques et tous les imaginaires.

De nombreux films devenus emblématiques du cinéma international ont été tournés dans cette région : Gladiator, Lawrence d’Arabie, Le Royaume des cieux, Babel, La Momie, Prince of Persia, Game of Thrones ou encore certaines scènes de James Bond. En marchant dans ces décors naturels, il devenait facile de comprendre pourquoi Ouarzazate est souvent surnommée « la porte du désert » mais aussi « le Hollywood de l’Afrique ». Ici, le patrimoine réel et l’imaginaire cinématographique semblent constamment se répondre. Les kasbahs deviennent des espaces de narration universelle où l’histoire, la fiction et la mémoire collective continuent de dialoguer à travers les images.

Ce qui me touchait particulièrement dans ces deux kasbahs, c’était précisément cette proximité constante entre patrimoine et imaginaire cinématographique. Les fenêtres ouvertes sur le ciel, les jeux d’ombre et de lumière, les passages étroits, les portes anciennes et les terrasses dominant le désert donnaient parfois l’impression que chaque détail pouvait devenir un cadre de cinéma ou une page de récit de voyage.

Peu à peu, je comprenais aussi que tout voyage mobilise simultanément plusieurs positions perceptuelles, semblables à celles que l’on retrouve dans l’art narratif, dans les récits de voyage et dans la cinématographie : l’explorateur, le guide et l’observateur. L’explorateur avance vers l’inconnu avec curiosité, émotion et désir de découverte ; le guide donne du sens, crée des liens, éclaire les chemins et facilite la rencontre avec l’autre ; tandis que l’observateur contemple, analyse, relie les détails visibles aux mouvements invisibles de la mémoire, de la culture et de l’expérience humaine.

Durant ce séjour au Maroc, ces trois positions perceptuelles semblaient alterner constamment en moi, parfois même se superposer comme dans un montage cinématographique. Il y avait la voyageuse émerveillée devant les paysages de l’Atlas ou la lumière d’Ouarzazate ; la formatrice engagée dans les échanges du colloque international ; mais aussi cette présence silencieuse qui regardait les scènes vécues avec une attention presque contemplative, comme si chaque détail portait déjà la trace d’un récit plus vaste.

Le cinéma fonctionne souvent de la même manière. La caméra explore, guide le regard du spectateur, puis s’éloigne parfois pour observer en silence. Dans les récits de voyage aussi, ces déplacements perceptuels construisent la profondeur du texte : voir, écouter, transmettre, puis réfléchir à ce qui a été vu ou entendu. Peut-être est-ce précisément dans cette circulation entre exploration, médiation et contemplation que naît la véritable expérience interculturelle.

Une autre résonance intérieure n’a cessé de m’accompagner durant ce voyage : celle de Lucian Blaga, grand poète, philosophe de la culture, ambassadeur et auteur d’œuvres majeures telles que Poèmes de la lumière, Les Pas du prophète, La Trilogie de la connaissance, La Trilogie de la culture et La Trilogie des valeurs. Il m’a semblé profondément symbolique que ce retour intérieur vers son œuvre surgisse précisément autour du 9 mai, date qui marque à la fois les 131 ans de sa naissance et la Journée de l’Europe. Comme une forme discrète de synchronicité entre mémoire culturelle, voyage, connaissance et destinée européenne.

Ses vers revenaient en moi avec une force particulière :

L’enfant rit :
« Ma sagesse et mon amour sont le jeu ! »
Le jeune homme chante :
« Mon jeu et ma sagesse sont l’amour ! »
Le vieillard se tait :
« Mon amour et mon jeu sont la sagesse ! »

Et peut-être manque-t-il encore une quatrième présence dans ce « jeu des âges » de Blaga : celle des larmes silencieuses, du tremblement intérieur que ni l’enfant, ni le jeune homme, ni le vieillard ne nomment vraiment, mais que chacun traverse à sa manière.

L’enfant rit devant le monde qu’il découvre.
Le jeune homme chante le monde qu’il désire.
Le vieillard se tait devant le monde qu’il comprend.

Mais entre le rire, le chant et le silence, il existe aussi ce moment fragile où le regard devient émotion pure — ce point de bascule où l’être humain cesse simplement d’observer pour se laisser profondément traverser par ce contraste entre ce qu’il voit ou qu’il entend à l’extérieur et ce qu’il vit intérieurement.

Le cinéma connaît très bien cette vérité-là. Derrière chaque image lumineuse existe toujours une part invisible : la nostalgie, l’absence, le vertige du temps qui passe, la beauté fragile des rencontres humaines. Peut-être est-ce pour cela que certains paysages du Maroc, certains regards croisés, certaines scènes vécues à Ouarzazate ou à Marrakech ont parfois éveillé en moi une émotion difficile à expliquer. Non pas une tristesse, mais cette forme rare de bouleversement intérieur qui surgit lorsque le réel réveille et rejoint soudain quelque chose de très profond en nous.

Cette réflexion me ramenait aussi vers Lucian Blaga, souvent surnommé « le Titan de Lancrăm », son village natal, ce « village aux larmes sans remède » évoqué dans La Chronique et le chant des âges de la vie (Hronicul și cântecul vârstelor). Il est impossible de ne pas être touché par cette étrange résonance entre le nom même de Lancrăm et le mot roumain lacrimă — la larme —, comme si toute son œuvre portait déjà, dès l’origine, la mémoire d’une sensibilité silencieuse et profonde.

Dans ses écrits autobiographiques, Blaga raconte avec une lucidité bouleversante les premières années de sa vie marquées par le silence. Pendant près de quatre ans, il ne prononça aucun mot, vivant dans une forme de mutisme mystérieux où le regard, les gestes et l’écoute semblaient remplacer le langage. Lorsqu’il parla enfin, les mots surgirent soudainement, « clairs, comme de l’argent filtré », après une longue intériorisation silencieuse du monde.

Peut-être est-ce là l’une des clés secrètes de toute sa pensée : avant de parler, apprendre à voir et à écouter le monde extérieur. Avant d’expliquer le monde, laisser d’abord entrer profondément en soi. Cette enfance traversée par le silence donne une résonance particulière à son « jeu des âges ». Le rire de l’enfant, le chant du jeune homme, le silence du vieillard et même les larmes invisibles semblent appartenir à une même connaissance intérieure du monde.

Et peut-être le cinéma muet rejoint-il lui aussi cette expérience originelle du regard. Avant que les voix ne remplissent l’écran, les premiers films racontaient déjà le monde par la lumière, les gestes, les visages, les regards et les silences. Comme dans l’enfance muette de Blaga, quelque chose se transmettait avant même les mots : une émotion, une présence, une vérité intérieure. Le spectateur traversait alors les images comme le voyageur traverse les paysages — avec ses propres mémoires, ses blessures invisibles, ses émerveillements et ses questions intérieures. Dans cette perspective, le cinéma muet devient lui aussi une forme de connaissance sensible, un espace où le visible et l’invisible dialoguent constamment.

Alors le voyage cesse d’être seulement un déplacement géographique. Il devient mémoire sensible. Et dans cette mémoire, le rire, le chant, le silence et les larmes appartiennent finalement au même langage humain.

Comment autrement pourrais-je refermer ce journal réflexif consacré à ma première expérience de voyage au Maroc, sur le continent africain, sinon par des remerciements et une profonde reconnaissance ?

Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à toute l’équipe de la Ligue Marocaine des Professeurs.e.s de Français (LIMPF) pour la qualité humaine et intellectuelle de l’organisation du Colloque international d’Ouarzazate. Ma reconnaissance va tout particulièrement à Driss Louiz, Naima Seghrouchni, Massira El Mouhader, Brahim Sedram, Asmae Senhaji, membres du comité d’organisation du colloque au sein de la LIMPF, à Ahmed Choukri, président de l’Alliance Française d’Ouarzazate, ainsi qu’à l’ensemble des invités et intervenants qui ont contribué, avec générosité, engagement et professionnalisme, à faire de cette rencontre un véritable espace de dialogue, de créativité, de réflexion et de francophonie vécue : Pierre-Jean Benghozi, Nathalie Watteyne, Arnaud Huftier, Az-Eddine Nozhi, Chakib Tazi, Cherqui Ameur, Fanny Dhéron, Karim Loulidi, Abdelkrim Oubella, Abdelaziz Lakhmour, Daoud Aoulad-Syad, Ali Essafi et Ghizlane Assif.

Ma gratitude la plus profonde va également à Adil Elmadhi et à sa famille, à qui je dois non seulement cette invitation au Maroc, mais aussi cette manière profondément chaleureuse de m’avoir accueillie et intégrée dans leur univers familial. Grâce à eux, j’ai découvert un Maroc vivant et pluriel, profondément enraciné dans ses traditions, tout en étant tourné vers la modernité, l’innovation, l’ouverture culturelle et intellectuelle incarnées par le contexte même du colloque international d’Ouarzazate.

Ces rencontres humaines ont donné à cette première expérience africaine une profondeur bien plus vaste qu’un simple déplacement académique ou culturel. Elles ont permis de prolonger cette sensation précieuse de lien humain qui dépasse les distances géographiques et temporelles séparant l’Europe et l’Afrique. Peut-être est-ce aussi cela, au fond, la véritable force de la francophonie : créer des passerelles invisibles entre les cultures, les familles, les imaginaires et les sensibilités humaines.

Et peut-être est-ce là, finalement, l’un des plus grands paradoxes de notre époque technologique : malgré les avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle, la conscience humaine demeure irréductible à toute logique algorithmique. La machine peut analyser, reproduire, accélérer, générer des images, des textes, des voix ou des simulations de réalité ; mais elle ne pourra jamais habiter pleinement ce territoire mouvant et vivant qu’est l’expérience humaine consciente.

Car l’esprit humain possède cette capacité extraordinaire de relier autrement, à chaque instant, les images, les émotions, les souvenirs, les perceptions et les sensations. Même lorsque les actions semblent se dérouler dans un cadre identique, jamais les émotions, les regards ou les résonances intérieures ne se reproduisent exactement de la même manière. C’est peut-être cela, au fond, le véritable paradoxe du contraste mental : cette faculté profondément humaine de recréer sans cesse du sens à partir d’un même réel.

Je pense souvent à cette triple immensité : l’océan des eaux, l’océan numérique du monde connecté et l’océan invisible des pensées humaines. L’océan marin porte les mémoires profondes de la Terre ; l’océan digital appelé Internet conserve les traces de nos archives, de nos découvertes scientifiques et technologiques, de nos images et de nos récits contemporains ; mais l’océan intérieur de la conscience humaine demeure encore plus vaste, parce qu’il est vivant, mouvant, imprévisible et profondément lié à l’imagination, à la perception et à la mémoire.

Le cinéma lui-même nous rappelle cette vérité. Avant tout, un film n’est qu’une succession d’images, de plans découpés, assemblés image par image pour devenir pellicule, mouvement et narration. Pourtant, aussi mémorable soit-il, aucun film ne pourra jamais rivaliser entièrement avec la vie elle-même. Parce que seule la conscience humaine possède cette capacité de redonner vie au passé, de transformer les souvenirs, de faire renaître les émotions et de reconnecter différemment les images intérieures selon chaque instant vécu.

La mémoire humaine ne se limite pas à l’archivage des données. Elle est mémoire profonde de nos valeurs spirituelles, culturelles et identitaires ; mémoire récente des découvertes scientifiques, des technologies et des transformations du monde ; mais aussi mémoire vivante que nous construisons jour après jour dans l’école, dans les relations humaines, dans les expériences partagées et dans les espaces de transmission culturelle.

Le cerveau humain possède cette puissance de neurogenèse et de neuroplasticité qui lui permet de créer constamment de nouvelles connexions, de transformer ses perceptions, de réinventer ses représentations et de renaître intérieurement sous d’autres formes, ici et maintenant, indépendamment des intersections entre espace et temps. Même lorsque les mentalités évoluent lentement, même lorsque les tensions entre tradition et innovation semblent parfois difficiles à concilier, cette dynamique du vivant continue de construire des ponts entre l’ancien et le nouveau.

Peut-être est-ce précisément cette tension créatrice qui rend le changement possible. Une tension féconde où les formes anciennes ne disparaissent jamais totalement, mais deviennent le fond à partir duquel émergent de nouvelles figures, de nouvelles Gestalt, de nouvelles manières de voir, de sentir, de penser et d’habiter le monde. Et tant que cette capacité de transformation intérieure existera, l’être humain restera toujours plus vaste que les images ou les films qu’il produit lui-même.

Retour en images sur le Colloque international

🌍Villes créatives et langue française : Art, Littérature et Formation. Quels potentiels à l’ère des mutations culturelles, numériques et éducatives ?

Publicat în La journée internationale des professeurs de français

Retour sur l’édition 2025 du Jour des Professeurs de Français

L’édition 2025 du Jour des Professeurs de Français a pris cette année la forme d’un véritable labyrinthe pédagogique vivant : un espace où chaque chemin représente un choix didactique, chaque croisement une rencontre professionnelle et chaque détour une surprise créative.
Dans ce labyrinthe symbolique, les enseignants de français avancent ensemble, portés par un monde éducatif en pleine transformation — un monde où les pratiques évoluent, où les outils se renouvellent, où la mission de l’enseignant se redéfinit avec une sensibilité accrue à l’humain, à la culture et au numérique.

Harmoniser les voix, créer une cohérence, modérer un panel francophone

Dans cette édition 2025 du Jour des Professeurs de Français, j’ai eu la responsabilité d’animer et de modérer un panel composé de conférenciers inspirants : Driss Louiz, Bénédicte Marcireau, Meryem Kidari, Elena Sofica Dumitrașcu et Florentina Stanciu. Leur diversité professionnelle et culturelle a donné naissance à une mosaïque de perspectives qui, une fois réunies, formaient une véritable polyphonie francophone.

Modérer ce panel signifiait avant tout harmoniser les voix, permettre à chacun d’apporter son énergie, son expertise et son regard, tout en construisant un fil conducteur clair pour le public. J’ai cherché à instaurer une cohérence subtile entre les interventions, en accordant un espace équilibré aux approches pédagogiques, aux contributions créatives et aux regards interculturels.

C’est dans cette dynamique que j’ai conçu la modération comme une médiation active : créer du sens à travers les connexions, valoriser chaque idée, guider la conversation sans la contraindre, et offrir un rythme fluide où les échanges se répondent et se complètent. Entre la spontanéité des intervenants et la structure que j’ai mise en place, un dialogue francophone s’est naturellement tissé — vivant, chaleureux et porteur.

En orchestrant ces voix venues de Roumanie, du Maroc et de France, j’ai voulu faire de ce panel un espace d’écoute et d’inspiration, où la pédagogie, la musique des mots et l’innovation éducative se rencontrent pour célébrer la richesse de notre profession.

🎶 De la musique des mots à la musique du monde

Thème central de cette édition, il a fait écho au thème mondial proposé par la FIPF :
« Chanter, jouer, enseigner : la francophonie en musique ».

Un thème à la fois poétique et profondément actuel, qui nous invite à revisiter notre manière de transmettre :

  • en faisant vibrer les mots,
  • en ouvrant la classe à l’émotion,
  • en reliant les élèves aux cultures francophones,
  • en insufflant une dynamique de plaisir, de jeu et de découverte.

🌐 Entre traditions solides et innovations audacieuses

Dans nos écoles, nous cherchons chaque jour un équilibre subtil entre :

  • quelque chose d’ancien – les méthodes éprouvées, la rigueur des fondements, la valeur du texte ;
  • quelque chose de nouveau – les stratégies interactives, l’intelligence artificielle, les outils immersifs, les échanges interculturels.

Comme dans un labyrinthe, le chemin ne se déroule jamais en ligne droite : il se construit, se tâtonne et s’affine par l’observation, l’intuition et l’expérience.

La classe mixte d’aujourd’hui est un espace où la matière ne se transmet pas seulement : elle se vit, se chante, se partage, se ressent.

💡 Des enseignants-médiateurs au cœur d’une pédagogie sensible

Tout au long de l’événement, nous avons vu à quel point la pédagogie contemporaine — notamment numérique — encourage les enseignants à devenir :

  • des médiateurs culturels,
  • des créateurs d’expériences d’apprentissage,
  • des passeurs de sens,
  • des artisans de l’émotion et du mouvement.

La musique, fil conducteur de cette édition, s’est révélée être un langage universel capable de :

  • favoriser la médiation interculturelle,
  • renforcer l’implication émotionnelle,
  • activer une motivation authentique,
  • relier les élèves au monde… et à eux-mêmes.

Une chanson en classe devient un pont, une passerelle, un souffle qui rassemble.

🎤 Des interventions inspirantes, une communauté vibrante

Cette édition a réuni une équipe exceptionnelle de formatrices et formateurs internationaux — Maroc, France, Roumanie — unis par la même passion : mettre en lumière la force éducative de la francophonie.

Des moments marquants ont rythmé la soirée :

  • la vision pédagogique de Driss Louiz, qui inscrit la chanson au cœur de la médiation et de l’identité francophone ;
  • les défis créatifs de Bénédicte Marcireau à travers Philodéfi, où l’art, la philosophie et la carte conceptuelle se rejoignent ;
  • l’approche interculturelle de Meryem Kidari, démontrant comment la musique devient un terrain de rencontre ;
  • les stratégies inspirantes d’Elena Sofica Dumitrașcu, centrées sur la motivation des enseignants et le bien-être en classe.

Chacune de ces contributions a ouvert une nouvelle porte du labyrinthe, révélant que la pédagogie n’est jamais figée : elle respire, évolue, se transforme.

🌍 Célébrer les enseignants : des passeurs d’harmonie

Cette édition 2025 rend hommage aux enseignants de français du monde entier qui relient, éclairent, guident, inspirent comme les chefs d’orchestre silencieux d’une francophonie vivante, vibrante, plurielle, où :

  • la diversité devient richesse,
  • l’innovation devient voie d’avenir,
  • la culture devient un espace de rencontre,
  • la langue devient musique.

👉Partenariat avec l’Association Sellification4Education : un support technique décisif

La réussite de l’événement a été renforcée par le partenariat avec l’Association Sellification4Education qui a assuré un soutien technique essentiel.
Grâce à la coordination professionnelle de Răzvan Curcubătă, président de l’association, la diffusion en ligne s’est déroulée avec une grande fluidité : interventions claires, transitions maîtrisées, stabilité technique constante.

Ce soutien discret mais indispensable a permis d’offrir aux participants une expérience numérique fiable, cohérente et parfaitement alignée avec les exigences de l’événement.

✨ Faire résonner la francophonie

« De la musique des mots à la musique du monde » est une vision, un engagement, une promesse pour l’avenir du FLE. Une invitation à continuer de créer des expériences d’apprentissage sensibles, humaines et lumineuses — celles qui donnent envie d’apprendre, de chanter, de partager, de rêver ensemble en français.

✨ Ensemble, faisons résonner la francophonie !

#JIPF2025 #Chanter #Jouer #Enseigner #FLE #Francophonie #Sellification4Education

Publicat în 4e Congrès européen de la FIPF, ARPF, Ensemble en français, Publicații

Publication des Actes officiels du 4e Congrès Européen des professeurs de français

📚 Nouvelle publication en ligne !

La FIPF a le plaisir d’annoncer la parution des Actes officiels du 4e Congrès Européen de Bucarest (Roumanie), qui s’est tenu du 4 au 7 septembre 2024 sous le thème :

« Le professeur de français : acteur des humanités et de la citoyenneté ».

Cet ouvrage rassemble conférences, ateliers, projets et communications sélectionnés, reflétant la richesse des échanges et l’engagement des enseignants de français à travers le monde.

📥 Téléchargement gratuit (PDF & ePub) : https://kdrive.infomaniak.com/app/share/179883/d037b5d9-ac77-4190-9603-49cd3219ec6b

🙏 Merci à toutes les personnes impliquées, en particulier Mme Doina SPITA, pour sa coordination exemplaire.

#FIPF#Francophonie#ActesCongrès#Bucarest2024#Enseignementdufrançais#Citoyenneté#Humanités

Publicat în Congrès européen de la FIPF, Ensemble en français, Francophonia Nice, Francophonie

Retour sur le 4e Congrès européen de la FIPF à Bucarest

Du 4 au 7 Septembre 2024, j’ai participé avec enthousiasme au 4e Congrès européen de la FIPF à Bucarest, en Roumanie: Ensemble en français !
Réfléchir, échanger, agir sur le monde d’aujourd’hui et de demain.
Ce rendez-vous incontournable pour les acteurs de la Francophonie m’a permis non seulement de renforcer mes convictions sur l’importance de l’enseignement du français langue étrangère (FLE), mais aussi de contribuer activement à promouvoir les valeurs de paix, de liberté, de diversité, de fraternité, de partage, de perspectives, de connectivité, de coopération, de solidarité et d’innovation qui sont au cœur de notre mission.

Dans un monde en constante évolution, enseigner le français ne se limite plus à la transmission linguistique. Il s’agit d’offrir aux apprenants les outils pour devenir des citoyens du monde, tout en respectant et en valorisant la diversité culturelle. Mon intervention, intitulée „La Francophonie en action : explorer, connecter et innover dans l’enseignement du FLE”, m’a permis de mettre en lumière des stratégies concrètes pour favoriser cette approche actionnelle dans nos classes de FLE, en explorant des pistes d’innovation pédagogique.

En tant que modératrice d’une des sessions de communications dans le cadre du Symposium No. 2 sur la Diversité culturelle de la Francophonie, j’ai eu le privilège d’échanger avec Jean Pierre CUK de l’Université Côte d’Azur, membre et rapporteur du Commité scientifique restreint du 4e Congrès européen de la FIPF à Bucarest. Ce symposium m’a permis d’approfondir la réflexion sur la manière dont la diversité culturelle enrichit non seulement la langue française, mais aussi notre manière d’enseigner et d’apprendre les cultures francophones.

Le Congrès a également été une occasion d’apprendre et de se former à travers une série d’ateliers passionnants. Parmi eux, j’ai participé à „C’est comment pour vous l’école du futur ?” et „Qu’allez-vous lire cet automne ?”, animés par Michel BOIRON, expert, consultant et formateur en français langue étrangère, ancien directeur du CAVILAM Vichy. Ces ateliers m’ont offert une perspective nouvelle sur l’école du futur et l’intégration des compétences de lecture dans l’enseignement du FLE, notamment en encourageant les élèves à devenir des „collectionneurs de paroles de lecteurs”. Cela a ouvert des discussions stimulantes sur la manière d’utiliser la lecture pour éveiller la curiosité et l’esprit critique des apprenants.

C’est comment pour vous l’école du futur ?

L’atelier „C’est comment pour vous l’école du futur ?” nous a proposé une réflexion sur l’évolution de l’école, en particulier sur l’intégration des technologies et des nouvelles approches pédagogiques dans l’enseignement du FLE. Michel Boiron nous a invités à imaginer l’école de demain, non pas comme un simple lieu d’enseignement, mais comme un espace où la collaboration, la créativité, et la diversité sont au cœur des apprentissages.

L’un des principaux axes de discussion a porté sur l’importance d’impliquer les apprenants dans leur propre processus d’apprentissage, en valorisant l’apprentissage collaboratif et en les rendant acteurs de leur parcours. À travers des activités pratiques, nous avons exploré comment les outils numériques, l’intelligence artificielle, et les méthodes de pédagogie active peuvent transformer nos pratiques et répondre aux besoins des apprenants du 21e siècle.

Ce qui m’a particulièrement inspiré, c’est l’idée que l’école du futur ne se limite pas à des innovations technologiques. Elle repose aussi sur des valeurs humaines et sur la nécessité de créer un environnement où l’interaction, la pensée critique et la capacité à résoudre des problèmes sont mises en avant. Michel Boiron a souligné l’importance de maintenir un équilibre entre l’utilisation des outils numériques et le développement des compétences sociales et émotionnelles, cruciales pour former des citoyens responsables et engagés.

L’atelier Qu’allez-vous lire cet automne ?”, axé sur la lecture, a été une véritable plongée dans la manière d’intégrer la lecture en langue étrangère au cœur de l’enseignement du FLE. Michel Boiron a partagé des stratégies concrètes pour rendre la lecture non seulement accessible, mais aussi captivante pour les apprenants, même pour ceux dont le niveau de langue est encore faible.

L’atelier s’est structuré autour de plusieurs axes pédagogiques :

  1. La perspective du lecteur : Nous avons exploré les différentes manières d’appréhender la lecture en classe, en tenant compte du contexte, des attentes des apprenants et de leur propre expérience de lecteur.
  2. La préparation du professeur : Un des moments forts a été l’approche du choix des œuvres à lire. Michel nous a encouragés à sélectionner des textes en fonction de l’âge, des intérêts et du niveau linguistique de nos apprenants. Il nous a également fourni des conseils pour rendre la lecture plus interactive : utiliser des supports visuels, intégrer des informations sur l’auteur ou le contexte du livre, ou encore organiser des discussions autour des thèmes abordés dans le texte.
  3. Les projets de lecture : L’un des aspects les plus novateurs de cet atelier a été l’idée de créer des „projets de lecture”. Plutôt que de simplement assigner un texte à lire, Michel Boiron a montré comment nous pouvons transformer l’acte de lire en une véritable aventure pour nos élèves. En planifiant plusieurs séances autour d’un texte ou d’un auteur, les apprenants peuvent s’approprier progressivement l’œuvre et découvrir des liens avec leur propre expérience. Par exemple, nous avons discuté de la possibilité de créer des journaux de bord, des blogs ou des affiches, où les élèves partageraient leurs impressions de lecture, leurs découvertes, et leurs propres créations inspirées par le texte.
  4. Créativité et manipulation du texte : L’atelier a également mis en lumière l’importance de la créativité en classe de FLE. Michel Boiron a suggéré diverses activités où les apprenants peuvent réécrire des passages du texte, changer le point de vue d’un personnage, ou même mettre en scène certains dialogues. Ces activités permettent non seulement de consolider la compréhension du texte, mais aussi d’encourager une réflexion plus profonde sur les thématiques abordées, tout en travaillant les compétences linguistiques de manière ludique.
  5. Exprimer son opinion : Michel Boiron a insisté sur la nécessité de donner aux apprenants un espace pour exprimer leurs opinions sur les textes lus. Que ce soit à travers des discussions en classe, des débats ou des productions écrites, il est essentiel de les encourager à formuler des jugements critiques, à prendre position sur les sujets évoqués dans les œuvres et à partager leurs appréciations personnelles.
  6. Traiter le vocabulaire : Enfin, l’atelier a abordé une question souvent sensible dans l’enseignement du FLE : le vocabulaire. Michel Boiron a proposé des stratégies pour aider les élèves à comprendre un texte sans les décourager par la présence de mots inconnus. Il a particulièrement insisté sur l’idée qu’un texte ne doit pas être „épuisé” par une explication trop détaillée de chaque mot. Au contraire, l’objectif est d’encourager les élèves à faire des hypothèses sur le sens des mots et à construire leur propre compréhension à partir du contexte.

Gamifier sa classe de FLE : pourquoi et comment ?

Le thème de la gamification dans l’enseignement du FLE, abordé par Halyna KUTASEVYCH, formatrice chez Francophonia Nice, m’a également interpellé. La gamification est une méthode qui consiste à intégrer des éléments de jeu dans l’enseignement pour rendre les apprentissages plus ludiques, interactifs et motivants. Dès les premières minutes de l’atelier, Halyna Kutasevych nous a fait comprendre à quel point la gamification peut transformer une classe de FLE en un environnement stimulant où l’apprentissage devient une expérience engageante pour les élèves.

Pourquoi gamifier ?

  • Stimuler la motivation des apprenants en introduisant des objectifs à atteindre, des défis à relever et des récompenses à obtenir.
  • Favoriser l’engagement en rendant les tâches plus dynamiques et en créant une atmosphère de compétition amicale ou de collaboration entre les apprenants.
  • Améliorer la mémorisation des contenus grâce à la répétition et à la pratique dans un contexte agréable et moins formel.
  • Encourager la participation de tous les élèves, même des plus timides, qui trouvent souvent dans les jeux un espace plus décontracté pour s’exprimer en français.
  • Développer des compétences linguistiques variées (vocabulaire, grammaire, expression orale) tout en s’amusant.

Comment gamifier ?

  1. Le recours à des plateformes numériques de gamification comme Kahoot!, Quizlet ou Classcraft. Ces outils permettent de transformer les activités de révision ou d’évaluation en quizz interactifs où les élèves gagnent des points ou progressent dans des niveaux en fonction de leurs réponses.
  2. Les jeux de rôle et les simulations : comment créer des situations immersives où les apprenants prennent des identités fictives et résolvent des problèmes en interagissant entre eux en français. Ces activités permettent de pratiquer l’expression orale dans des contextes variés et authentiques, tout en s’amusant.
  3. Les badges et récompenses : Dans une approche gamifiée, les élèves peuvent être récompensés par des badges virtuels ou des points pour chaque objectif atteint ou chaque défi relevé. Cette méthode crée une dynamique positive où les apprenants sont incités à progresser et à se surpasser.
  4. Les missions collaboratives : Un autre aspect clé de la gamification est l’intégration de missions ou de projets créatifs à réaliser en groupe, ce qui favorise la coopération tout en travaillant des compétences linguistiques.

Nous avons également discuté de la manière d’adapter ces techniques à différents niveaux de compétence et de maturité. Halyna Kutasevych a partagé des exemples concrets de scénarios de gamification qu’elle utilise dans ses classes, l’objectif étant de rendre l’apprentissage aussi interactif que possible, tout en assurant un équilibre entre le plaisir et les objectifs pédagogiques.

L’intelligence artificielle au service de l’enseignement du FLE

Un autre atelier marquant a été „L’intelligence artificielle au service de l’enseignement du FLE”, animé par Miranda Lomidzé, formatrice Francophonia Nice. Cet atelier m’a ouvert les yeux sur les nombreuses opportunités que l’IA offre aux enseignants pour personnaliser l’apprentissage et fournir des ressources adaptées aux besoins des apprenants.

L’un des points les plus marquants de l’atelier a été la démonstration d’outils d’IA capables de créer des exercices sur mesure pour chaque apprenant, en fonction de son niveau et de ses progrès. Miranda LOMIDZÉ nous a montré comment ces outils peuvent être intégrés dans nos pratiques pédagogiques pour soutenir l’apprentissage autonome des élèves.

Les chatbots pour la pratique orale

Un autre aspect fascinant de l’atelier a été l’utilisation des chatbots dans l’enseignement du FLE. Ces programmes d’intelligence artificielle peuvent simuler des conversations avec les élèves, leur permettant de pratiquer l’expression orale et la compréhension de manière interactive, tout en recevant des retours en temps réel. Miranda Lomidzéa expliqué que les chatbots sont particulièrement utiles pour les apprenants qui n’ont pas toujours la possibilité de parler français en dehors de la classe. Ils offrent un espace sûr où les élèves peuvent pratiquer à leur propre rythme, sans la pression d’un interlocuteur humain.

Analyse de données et suivi personnalisé

L’un des autres avantages majeurs de l’IA est la capacité à analyser de grandes quantités de données pour suivre les progrès des élèves de manière détaillée. Miranda Lomidzé a présenté des outils qui permettent aux enseignants de surveiller les performances de chaque élève à travers des tableaux de bord personnalisés. Ces outils fournissent des informations précieuses sur les forces et faiblesses des apprenants, permettant d’ajuster les cours en fonction de leurs besoins spécifiques. Cette approche rend l’enseignement plus réactif et efficace.

Limites et éthique de l’IA en classe de FLE

Toutefois, Miranda Lomidzé a également souligné certaines limites et questions éthiques liées à l’utilisation de l’IA en classe. Elle a insisté sur le fait que l’intelligence artificielle ne peut pas remplacer l’enseignant, mais qu’elle doit être perçue comme un outil complémentaire pour enrichir l’apprentissage. L’IA peut aider à automatiser certaines tâches répétitives, comme la correction d’exercices ou la génération de contenu, mais l’interaction humaine reste irremplaçable, notamment pour enseigner des compétences socio-culturelles et pour offrir un soutien émotionnel aux apprenants.

Chansons françaises et francophones d’hier et d’aujourd’hui

Enfin, l’atelier „Chansons françaises et francophones d’hier et d’aujourd’hui”, animé par Yann LIBRATI, directeur de Francophonia Nice, et Constantin DRĂGAN, formateur Francophonia Nice, a démontré la puissance de la musique pour connecter les enseignants de FLE et les apprenants avec la langue française d’une manière émotionnelle et mémorable. Ce fut également un moment festif lors de la soirée interculturelle organisée en partenariat avec l’ARPF – Association Roumaine des Professeurs Francophones.

Une vision renouvelée de l’enseignement du FLE

Ces ateliers m’ont donné des idées novatrices et des outils concrets pour enrichir mes pratiques pédagogiques. Je repars de ces ateliers avec l’envie de mettre en œuvre ces approches dans mes propres cours, convaincue que la combinaison de ludisme et de technologie est l’une des clés pour captiver et motiver les apprenants du 21e siècle.

Conférences inspirantes et nouvelles opportunités

La conférence de Yann LIBRATI, directeur de Francophonia Nice, sur le thème „J’enseigne le français et je forme les citoyens de demain” nous a invités à  réflechir sur le rôle fondamental de l’enseignant de FLE dans la construction de citoyens engagés et ouverts au monde. Son intervention a également été l’occasion de découvrir les valeurs de l’entreprise sociale Francophonia Nice, et de nouvelles initiatives, telles que le programme „Allumer les étoiles” et les bourses de formation Francophonia qui visent à soutenir les enseignants de FLE dans leur développement professionnel.

Les conférences plénières d’ouverture et de clôture du 4e Congrès européen de la FIPF ont été des moments forts, ponctués par des allocutions et l’intervention de grands acteurs tels:

Allocutions: Mme Cynthia EID, présidente de la FIPF; Mr. Guido CUSTERS, président de la CEO; Mme Jacqueline OVEN, présidente de la CECO;Mr. Sergiu NISTOR, conseiller présidentiel; Mr. Nicholas WARNERY, ambassadeur de la République française; Mme Rennie YOTOVA, directrice, OIF-Organisation Internationale de la Francophonie, Direction de l’enseignement et de l’apprentissage du français (DEAF); Mr. Sorin CÎMPEANU, président de l’AUF; Mme Irina COSOVANU, présidente de l’ARPF.

Conférence d’ouverture, Simona MODREANU, professeure des Universités et directrice des Editions Junimea de Iași, et Samir MARZOUKI, professeur émérite des universités, écrivain: Ce français qu’on oublie-ou pas-d’aimer.

Récital: Cristian CIAUSU, flûte de Pan

Cérémonie de clôture:

Conclusions des cinq Symposiums: Mr. Michel CHANDELIER (Symposium No. 1 – Le français et le plurilinguisme); Mr. Jean-Pierre CUK, (Symposium No. 2 – Diversité culturelle de la francophonie); Mme Rennie YOTOVA (Symposium No. 3 – Apprendre et enseigner à  l’ère du numérique); Mme Monica VLAD (Symposium No. 3 – Développement professionnel); Mme Cynthia EID (Symposium No. 4 – Langue française et société); Mme Doina SPIȚA, présidente du Comité scientifique, vice-présidente de la FIPF.

Conférence de clôture: Mr. Christophe RIOUX, professeur-chercheur, journaliste et écrivain: Les industries culturelles et créatives, sources d’innovation pour la langue française et la francophonie

Concert: KEO & Band  

Conclusion : un engagement renouvelé

Ce 4e Congrès européen de la FIPF a été un véritable laboratoire d’idées et de pratiques pour tous les passionnés de la Francophonie et de l’enseignement du français. Les échanges avec les collègues et intervenants, les ateliers riches en nouvelles perspectives, et les moments de convivialité ont renforcé ma conviction que la Francophonie est une force vivante, ancrée dans la diversité et l’innovation. En tant qu’enseignante de FLE, je repars de Bucarest avec une vision renouvelée de mon rôle : celui d’explorateur, de connecteur et d’innovateur, au service d’une Francophonie inclusive et dynamique. Je suis très enchantée et contente d’avoir revu et rencontré l’équipe de développement Francophonia Nice (Yann LIBRATI, Annick Miara REVELAT, Valentina BORISOVA, David AYACHE, Halyna KUTASEVICH, Miranda LOMIDZÉ, Constantin DRĂGAN etc.), mes chèr(e)s collègues et ami(e)s de Roumanie (Irina COSOVANU de Iași, presidente de l’ARPF, Mihaela POSTELNICU de Constanța, vice-présidente de l’ARPF, Gabriela MANGIR de Botoșani, Adriana PĂTRAȘCU de Constanța; Bianca DARABĂ de Tg. Neamț, Rodica Dumitrașcu de Găiești, Claudia PANCHIOSU de Buzău, Ana-Mirela BĂNCILĂ, de ma ville, Onești-Bacău etc.) et bien des collègues et ami(e) de plusieurs autres pays tels: Anne-Marie PAULEAU de France, formatrice de formateurs Francophonia Nice, Jana BIROVA, formatrice Francophonia Nice, présidente de l’Association slovaque des professeurs de français, Université Charles, Prague, République Tchèque; Radina MLADENOVA de Sophie, Bulgarie; Negica PANIC from Pirot, Serbie, Diana RUSNAK from Ukraine, Adila MEHYAOUI d’Algerie, Naima SEGHROUCHNI de Maroc etc. ) et je me sens plus que jamais motivée à poursuivre cet engagement et à transmettre ces nouvelles connaissances à mes élèves, convaincue que l’enseignement du FLE est un levier important pour former des citoyens du monde, ouverts, curieux et solidaires.  

Auteur: Virginia Brăescu